Du calme, les citoyens !
Du calme, les citoyens !

Du calme, les citoyens !
La France après les « manifestations »
La France se réjouit et se considère volontiers comme la mère de la démocratie, de la liberté d’expression et de la contestation politique.
Notre grand voisin occidental est pourtant, depuis le 17 octobre au plus tard, au bord d’un gouffre de destruction : des scènes dignes d’une guerre civile à Paris, Limoges, Lyon, Bordeaux, Marseille et Strasbourg. Certes, il y a eu aussi des manifestations pacifiques. Mais ce premier courant pacifique, parmi les trois mouvements de protestation au total, a été éclipsé et sapé par deux autres groupes. D’une part, il y a cette horde anarchiste, anticapitaliste et encline à la violence, qui mise sur la violence contre les policiers et d’autres symboles de la République. Le troisième « groupe » était majoritairement composé de mineurs et de jeunes adultes qui ont profité du chaos pour s’en prendre à la France économique : on a pu observer des pillages de boutiques de luxe, de supermarchés et de magasins de téléphonie mobile.
La gauche radicale autour de Mélenchon, à l’instar de Mamadani à New York et de la gauche à Berlin, connaît un grand succès en milieu urbain : Les électeurs sont principalement des jeunes issus de l’immigration et des étudiants qui, nourris du poison idéologique des études postcoloniales, importent le conflit du Proche-Orient dans nos rues et veulent semer la haine contre le capitalisme, la bourgeoisie, le pluralisme et Israël.
Malheureusement, leurs graines germent. La « convergence des luttes » montre que les démocraties occidentales ne sont plus seulement menacées par des prêcheurs de haine nationalistes et d’extrême droite, mais aussi par un mélange mortel de néo-léninisme, d’islamisme et d’antisémitisme. Les partis figés du soi-disant « centre » – libéraux, démocrates-chrétiens, sociaux-démocrates et quelques Verts d’orientation bourgeoise – apparaissent, tant au Parlement européen que dans les assemblées nationales, comme des formations dépassées et dépassées par les événements. Les nouveaux phénomènes de violence qui se manifestent dans nos rues et sur les réseaux sociaux sont le plus souvent minimisés, voire ignorés.
Cette violence est notamment favorisée par un système scolaire qui, en France depuis les années 1980, s’efforce avec zèle d’enseigner le moins possible aux élèves et de ne leur exiger que peu, voire rien. Or, les jeunes qui n’ont pas appris à supporter la frustration ne se soucient guère des figures d’autorité telles que les enseignants, les policiers, les pompiers, les médecins, etc. Par ailleurs, l’esprit critique s’érode chez ces adolescents et jeunes adultes. Depuis longtemps déjà, un enseignant en France ne peut plus parler de l’Holocauste sans se faire hostiliser par des antisémites dans sa classe. Les élèves, qui ne quittent jamais leur téléphone portable, deviennent de surcroît de purs automates de stimulation-réaction : ils se laissent berner par n’importe quelle fausse information, croient les charlatans de gauche comme de droite ainsi que les islamistes qui leur promettent le califat. Ce sont surtout les jeunes hommes, les nouveaux perdants de notre système éducatif, qui sont sensibles à ces propositions simplistes de solutions et de sens.
La France n’est qu’un signe avant-coureur de ce que d’autres pays EU connaîtront un jour, si l’on ne prend pas de mesures pour y remédier, non pas avec lucidité, mais avec détermination : interdiction des téléphones portables à l’école, des programmes d’intégration sérieux pour les élèves issus de l’immigration sans pédagogie « Villa Kunterbunt », l’affectation des meilleurs enseignants dans les banlieues, mais avec des salaires supérieurs à ceux de leurs collègues des milieux bourgeois, le renforcement des effectifs de police à des fins de prévention, la pacification des banlieues, une limitation de l’immigration, des sanctions plus sévères pour les parents qui ne s’acquittent pas de leur devoir d’éducation, une école qui fasse honneur à son nom en redevenant une institution éducative où des personnes d’origines sociales, ethniques et religieuses diverses apprennent les codes essentiels d’une démocratie et d’une société du savoir.
Cela implique la séparation stricte entre les connaissances avérées et les préceptes de foi, le respect des règles, le respect mutuel, la tolérance envers les opinions divergentes, un discours argumentatif plutôt qu’insultant, un enseignement des langues exigeant avec un travail sur le vocabulaire, de compétences grammaticales et de la maîtrise des règles d’orthographe, la formation d’un esprit scientifique sceptique et réfléchi, une connaissance de l’histoire (« pas d’avenir sans origines »), une approche critique des nouveaux médias et un retour aux valeurs européennes qui ne doivent plus être négociables : l’égalité entre les hommes et les femmes, la laïcité, la résolution verbale des conflits, la volonté de compromis, le respect de la séparation des pouvoirs, la liberté d’opinion et le droit inaliénable à sa publication dans l’espace public (= liberté d’expression).
Les incendiaires, pillards et autres petits délinquants du 17 octobre, pour la plupart très jeunes, appartiennent à une génération perdue : pandémie, inflation, délinquance de banlieue, réseaux sociaux, érosion des autorités, absence de perspectives constructives, programmes scolaires appauvris, mauvais modèles politiques au Parlement. Ces jeunes doivent être sanctionnés de manière proportionnée, ni trop clémentement ni trop sévèrement. Mais il faut surtout mettre en place une prévention intelligente, afin que les générations futures ne deviennent pas elles aussi des générations perdues pour la démocratie.
Mais comment un État qui, comme la France, dépense environ 500 milliards d’euros par an et ne perçoit qu’environ 360 milliards d’euros, pourrait-il assumer cet effort de taille pour l’ensemble de la société ? Ces pillages ne sont pas le résultat d’une faim réelle ; les délinquants cagoulés étaient tous bien nourris. Ils se sont jetés sur les symboles du néo-capitalisme, à savoir les téléphones portables et les vêtements de luxe. Avec ce butin, ils se sont sans doute enfuis vers les banlieues, comme vers une autre galaxie, inaccessible à la République. Ainsi, alors que les Black Blocs et autres ennemis du capitalisme exprimaient leur haine de l’Occident sous forme de projectiles, le troisième groupe, celui des pillards, trouvait les symboles du capitalisme particulièrement attrayants.
On voit bien qu’il ne s’agit pas ici d’un mouvement homogène et intellectuellement éclairé. Cela rend d’autant plus difficile toute réaction efficace. Une chose est sûre cependant : quiconque ne souhaite pas de régimes autoritaires à la Poutine, Trump et Xi Jinping devrait contribuer activement à la préservation des autorités légitimes. Leur profanation est un signal de malheur et un appel pour les charlatans.
Eric Bruch, 47 ans
Esch-Alzette