Disclaimer
L’article suivant est un article d’opinion de l’auteur concerné, qui ne reflète pas nécessairement la position du parti FOKUS. Nous sommes favorables à la diversité des débats et estimons donc important d’accorder ici la place qui leur revient à d’autres opinions.
Deux façons d’obtenir le passeport : la procédure courante ou l’album généalogique
Au Luxembourg, il semble exister deux types de lien avec le pays : celui qui se construit au quotidien et celui qui est attesté par la généalogie.
Les uns vivent ici, travaillent ici, paient leur loyer, leurs impôts et leurs factures. Ils apprennent des langues, accumulent des attestations, font traduire des documents, font la queue aux guichets, attendent des rendez-vous et espèrent que leur intégration sera un jour reconnue sur le plan administratif.
D’autres ouvrent un album de famille, découvrent un arrière-arrière-grand-père d’origine luxembourgeoise – et soudain, le chemin vers la nationalité ne commence pas par la vie quotidienne, mais par la recherche généalogique. La démocratie, semble-t-il parfois, entretient des liens étonnamment étroits avec la généalogie.
Bien sûr, c’est un peu exagéré. En effet, prouver sa filiation n’est pas non plus une mince affaire : de nombreux documents et attestations sont nécessaires.
Malgré tout, le contraste politique reste remarquable. Cela donne parfois l’impression d’un voyage dans le temps sur le plan civique – avec le cachet officiel.
Quand l’arbre généalogique est plus rapide que l’intégration
Le gouvernement luxembourgeois établit officiellement une distinction entre la naturalisation, la réintégration dans la nationalité et l’option. Selon la procédure, il est nécessaire de justifier de compétences linguistiques et d’une durée de séjour légal de 5 ans. La dernière année précédant la motion / demande doit avoir été passée sans interruption au Luxembourg. Il s’agit là des preuves d’intégration qui s’ajoutent aux conditions classiques d’acquisition de la nationalité.
Il existait toutefois une disposition historique particulière : les descendants d’anciens Luxembourgeois pouvaient recouvrer la nationalité s’ils pouvaient prouver qu’un de leurs ancêtres directs était luxembourgeois au 1er janvier 1900. Cette disposition trouvait initialement son fondement dans l’article 29 de la loi sur la nationalité de 2008, puis dans l’article 89 de la loi du 8 mars 2017.
Jusqu’en mars 2026, 41 569 personnes ont obtenu la nationalité luxembourgeoise en vertu de cette règle de filiation, dont près de 13 000 rien qu’au Brésil. Ces chiffres sont tirés d’une réponse de la ministre de la Justice, Elisabeth Margue, datée du 23 avril 2026, à une question parlementaire.
On peut donc affirmer sans hésiter que le passeport luxembourgeois a fait carrière à l’international. Il semble parfois plus facile pour lui de voyager à travers le monde que pour ces personnes qui mènent ici leur vie quotidienne tout à fait ordinaire.
Même si ce délai particulier est désormais écoulé, l’« option » prévue à l’article 23 de la loi modifiée du 8 mars 2017 permet toujours, sous certaines conditions, d’acquérir la nationalité luxembourgeoise par le biais d’un parent ou d’un grand-parent luxembourgeois. Il s’agit là du droit en vigueur. La véritable question politique ne se pose qu’ensuite.
En effet, toute réglementation relative à l’acquisition d’une nationalité en dit long sur la manière dont un État conçoit l’appartenance. Quel lien prime : l’attachement concret au pays ou l’origine familiale ?
Le Luxembourg était autrefois un pays d’émigration. Il est tout à fait compréhensible que les descendants de Luxembourgeois ayant émigré puissent renouer avec leurs racines familiales, et cela mérite le respect.
Quelle importance un État moderne accorde-t-il aujourd’hui au lieu de résidence effectif ?
Une personne qui vit au Luxembourg depuis des années, y travaille, y paie ses impôts, y élève ses enfants, y apprend la langue et y assume des responsabilités, ressent son sentiment d’appartenance différemment de quelqu’un dont le lien avec le pays est principalement attesté par des archives.
Il ne s’agit pas ici d’opposer le passé et le présent. La question est de savoir si ces deux formes d’attachement doivent être considérées sur un pied d’égalité sur le plan politique.
Et c’est précisément là que s’engage un débat qui dépasse largement le cadre des dispositions juridiques.
Le passeport comme modèle économique : la ruée vers l’or grâce à l’acte de naissance
Un marché spécifique s’est depuis longtemps développé autour du passeport luxembourgeois. Des rapports publics montrent que l’intérêt a fortement augmenté, notamment au Brésil, après que de nombreux descendants d’émigrants luxembourgeois ont pris conscience que l’histoire familiale pouvait soudainement devenir une question de nationalité. C’est surtout en 2017 et 2018 que le nombre de motions / demandes a bondi, lorsque beaucoup ont pris conscience que le délai légal allait bientôt expirer.
Là où il y a une demande, un marché se crée. Depuis lors, des bureaux de recherche généalogique, des cabinets de conseil spécialisés et des prestataires de services spécialisés dans les procédures d’acquisition de la nationalité proposent leur aide. Ils épluchent les archives, reconstituent les arbres généalogiques, vérifient les actes officiels et accompagnent les demandeurs dans leur recherche de cet ancêtre qui leur ouvre la voie à la nationalité luxembourgeoise.
Ceux qui parviennent à trouver les bons documents pourraient non seulement découvrir leur passé, mais aussi obtenir un passeport européen.
Les uns doivent prouver qu’ils ont un avenir au Luxembourg. Les autres commencent par leur passé et s’il y a eu un arrière-arrière-grand-père ou une arrière-arrière-grand-mère qui étaient luxembourgeois au 1er janvier 1900. C’est précisément là que réside toute l’ironie de la situation.
De l’arbre généalogique directement à l’urne.
La loi électorale du 18 février 2003 régit la participation des Luxembourgeois résidant à l’étranger aux élections législatives. L’article 169 précise quelle commune est compétente pour l’inscription sur la liste électorale : en premier lieu, la dernière commune de résidence au Luxembourg, à défaut la commune de naissance et, si aucune de ces communes n’entre en ligne de compte, la ville de Luxembourg. L’article 170 régit ensuite la procédure de demande de vote par correspondance.
Ainsi, même un Luxembourgeois qui possède la nationalité luxembourgeoise par filiation, qui n’a jamais vécu au Luxembourg et qui n’y a ni domicile ni centre de vie, peut, après inscription sur la liste électorale, participer aux élections législatives par correspondance.
D’un point de vue juridique, cela est admissible. Sur le plan démocratique, cela soulève toutefois des questions fondamentales. Faut-il vraiment permettre à quelqu’un de participer aux décisions concernant la construction de logements, la fiscalité, les retraites, les écoles ou l’avenir du Luxembourg, alors qu’il n’en subira jamais lui-même les conséquences ? Quiconque a établi de manière permanente son lieu de vie sur un autre continent, ne vit ni ne travaille ici et ne participe pas à la vie sociale, prend des décisions concernant des personnes qui subissent chaque jour les conséquences de ces politiques.
Il est d’autant plus remarquable qu’avec l’augmentation du nombre de Luxembourgeois à l’étranger – notamment au Brésil –, un projet pilote de vote électronique ait même été débattu au parlement le 13 avril 2026, afin de faciliter davantage le vote depuis l’étranger. La véritable question de principe démocratique semble toutefois passer au second plan : il ne s’agit pas de savoir comment les personnes n’ayant aucun lien avec le Luxembourg peuvent voter le plus facilement possible, mais bien de déterminer si des personnes dont le centre de vie ne se trouve pas au Luxembourg devraient, de toute façon, avoir leur mot à dire sur l’avenir politique du pays. La démocratie ne doit pas devenir un service en ligne destiné à des citoyens dont le centre de vie se trouve depuis des années, voire depuis des générations, en dehors du Luxembourg.
Le vote numérique.
Peut-être qu’un simple clic depuis l’autre bout du monde suffira demain pour voter sur la construction de logements, la fiscalité, les retraites ou le système de santé au Luxembourg. La question n’est pas de savoir si cela est techniquement possible. La question est de savoir si cela est démocratiquement justifié.
La politique n’est pas un service de streaming. On ne peut pas découvrir un pays à travers quelques reportages télévisés, des vidéos de campagne électorale ou des publications dans les médias. Celui qui n’a jamais vécu au Luxembourg ne connaît ni le quotidien politique ni les conséquences des décisions politiques par expérience personnelle. Il peut néanmoins participer au choix de ceux qui gouvernent ce pays.
La démocratie se nourrit de l’expérience personnelle que l’on fait d’un pays. Quiconque assume des responsabilités politiques devrait savoir quel est l’impact des décisions politiques sur la vie quotidienne – non seulement à partir des actualités, des récits familiaux ou des médias, mais aussi de votre propre expérience.
Introduction d’une clause de résidence.
Dans un document de position, FOKUS réclame donc l’introduction d’une clause de résidence pour les élections législatives nationales et les référendums. Ce qui devrait être déterminant, ce n’est pas une inscription officielle ou un séjour de courte durée, mais un centre de vie vérifiable et durable au Luxembourg. Il s’agit là d’une mesure importante pour réaffermir le lien entre le droit de vote et un ancrage réel au Luxembourg. Ce qui devrait être déterminant, ce n’est pas un séjour de courte durée ou une inscription officielle, mais un centre de vie permanent au Luxembourg. Quiconque participe aux décisions concernant l’avenir du pays devrait également faire partie intégrante de la société à long terme et assumer lui-même les conséquences des décisions politiques.
L’objectif n’est pas de restreindre les droits démocratiques, mais de veiller à ce que la participation politique reste liée à un lien effectif avec le Luxembourg. En effet, la démocratie ne repose pas uniquement sur la nationalité, mais aussi sur la responsabilité envers la collectivité dont l’avenir est en jeu.



